TIPHAINE ET SA VICTOIRE
Le souvenir de ma jeune chérie m'imprègne totalement. La différence d'âge ne nous sépare plus dorénavant que dans le regard des autres. Nous réfrénons l'envie de nous enlacer à chaque rencontre et cette contrainte est à la fois souffrance et promesse. Ses attitudes séductrices enflamment toujours mon désir mais maintenant que je sais mon envie partagée, aucune gêne ne vient la troubler.
Un soir, alors que je gravis les degrés qui me ramènent à mon étage, je surprends les bribes d'une conversation dans le salon.
- ... veilleras bien sur eux ma chérie. Je reviendrai vers 7 heures. Leur goûter...
La voix de ma logeuse s'éloigne et celle de Tiphaine me parvient étouffée. Cependant, ce que j'ai entendu suffit à faire germer l'espoir d'une entrevue avec ma jeune amante. Espoir qui a toute la nuit pour se transformer en un véritable projet.
Le petit-déjeuner pris, je finis ma toilette lorsque j'entends des pas dans l'escalier, furtifs, comme si leur auteur cherchait à s'en cacher. La descente me paraît plus rapide que la montée. Curieux je sors de la salle d'eau le menton encore blanchi de mousse. Un papier a été glissé sous ma porte. Essuyant mes mains à la serviette qui entoure ma taille, je le ramasse, le déplie. C'est la première fois que je vois l'écriture de Tiphaine. À l'encre violette, elle m'explique que sa tante doit se rendre à l'hôpital pour un examen avant de faire quelques courses. Elle aura donc la garde des enfants entre 16 et 19 heures. Un coeur a remplacé tous les points sur les i et celui qui ponctue la fin de son message est encore plus gros. Je souris de ce reliquat d'enfance qui participe à son charme. Elle ne m'a donné aucun rendez-vous, exprimé aucun souhait. Juste cette information dont elle sait qu'elle sera exploitée conformément à notre désir commun.
La journée passe trop lentement et une dernière réunion qui déborde jusqu'à 16 heures 45 a le don de porter mes nerfs à vif. Je franchis, avec une prudence relativisée par mon impatience, les quelques kilomètres qui me séparent de mon but.
J'arrive dans la rue de la villa. Soudain un frisson glacé me parcourt. La voiture qui vient de me croiser est celle de madame Carron. Il ne me semble pas qu'elle m'ait reconnu, mais cette rencontre brutale rend encore plus présente la fragilité de la relation que j'entretiens avec Tiphaine. Encore remué par l'incident j'entre dans la maison. Des exclamations enfantines me parviennent du salon, puis des pas. Elle apparaît dans l'encadrement de la porte, y prend appui. Nous nous regardons et la chaleur qui m'envahit chasse immédiatement les spectres de l'interdit qui me hantaient. Sa poitrine est comme une onde souple qui fait enfler son gilet sans manches en tricot noir, qu'elle porte sur un chemisier blanc. Sa sombre jupe plissée lui donne l'air d'une écolière de l'ancien temps. Ses bas blancs et ses chaussures baby aux talons carrés complètent sa panoplie. S
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TIPHAINE ET SA VICTOIRE
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